Bienvenue à Scranton, petite ville des États-Unis située dans l'état de Pennsylvanie. En 1886, elle est la première ville américaine a s'équiper d'un tramway électrique, ce qui lui vaut le doux surnom de "ville électrique". Scranton connait ensuite une période extrêmement prospère, se spécialisant dans les industries du charbon et du textile notamment. Toutes les belles histoires ont une fin, et l'après-Seconde Guerre Mondiale sonne le glas des usines de Scranton, la ville n'arrive pas à se moderniser. Scranton n'a plus de jus.
That's what she said
C'est donc à Scranton que se situe l'action de la version américaine de la série The Office. Sur le papier (rires dans la salle), rien de bien excitant. Dans les faits non plus, il faut bien le dire : Scranton est une ville on ne peut plus classique, avec ses "diners", son centre commercial, ses pubs et son musée du charbon. C'est aussi là que l'entreprise Dunder-Mifflin, spécialisée dans le papier, a choisi d'ouvrir l'une de ses antennes régionales, menée par un certain Michael Scott. Sous ses ordres, des commerciaux, comme Jim, Stanley ou Dwight, des comptables (Angela, Kevin, Oscar), une jolie réceptionniste (Pam), ou encore Ryan, intérimaire tout fraîchement arrivé. Grâce à un caméraman dont nous ne verrons jamais le visage, nous avons la chance de nous introduire à l'intérieur des bureaux pour suivre le quotidien de ces employés. Vous l'aurez compris, The Office est un faux documentaire : les protagonistes sont en permanence au courant de la présence d'un élément extérieur. Ce procédé tout simple a de grandes répercussions sur la structure des épisodes : on passe de scènes classiques de vie de bureau à des entrevues avec chacun des employés qui commentent ce qui vient de se passer. Dans les deux cas, on a le même sentiment d'intimité, ce qui rend ces personnages particulièrement attachants.
Or he said.
C'est à ce moment-là que je me rends compte que je n'ai même pas évoqué la tonalité de la série. The Office est une série résolument comique, et un simple coup d'œil au casting permet de s'en rendre compte. Le personnage de Michael Scott, campé par Steve Carell, y est pour beaucoup, et on pourrait consacrer des thèses entières à ce personnage fabuleux. Michael est un patron envahissant qui ne respecte absolument pas la vie privée de ses employés. Blagues racistes avec Kelly l'indienne et Oscar le mexicain, humour misogyne avec Phyllis, Angela et - surtout - Pam, mesquineries haineuses avec sa tête de turc, le pauvre Toby, des ressources humaines, Michael n'est pas un patron conventionnel. Mais voilà, si le même personnage, par François Berléand, dans la version française de la série, était un être absolument ignoble, Steve Carell insuffle quelque chose d'incroyablement humain à Michael Scott. Certes, il est prétentieux, ignorant et inculte, mais il fait aussi preuve d'énormément de lucidité et de clairvoyance dans des moments clés. Ses employés sont comme des enfants, et Michael est à la fois la mère, le père et l'oncle de ses rejetons. Il n'y a qu'à le voir conclure une vente avec classe et brio, consoler Jim après une désillusion amoureuse ou venir s'excuser auprès de Dwight après une erreur de jugement pour s'en rendre compte. Avec tout ça, on est jamais vraiment énervé contre Michael, on se sent plutôt terriblement mal à l'aise lorsqu'il s'humilie publiquement. Ça a beau n'être qu'une tasse qui le dit, mais elle a bien raison : Michael Scott est le meilleur patron du monde.
Beet. Bear. Battlestar Galactica.
The Office, ce n'est pas que Steve Carell. Le personnage le plus marquant de la série est peut-être Dwight Schrute, interprété par Rainn Wilson, le faux sosie de Stephen King que l'on a pu voir notamment dans toute une saison de Six Feet Under. Dwight est le meilleur commercial de Dunder-Mifflin, mais cela ne le définit pas pour autant : shérif bénévole et cultivateur de betteraves, Dwight est issu d'une longue lignée d'Amish, collectionne les Bobble-Heads et se souvient de sa propre naissance. Rainn Wilson lui-même le qualifie de "nerd fasciste". Tout comme Michael, au-delà de la caricature, il y a aussi un individu particulièrement attachant. Dwight est, on peut le dire, en admiration totale devant son patron, qui représente le modèle ultime, non seulement professionnel, mais aussi humain. La relation entre Dwight et Michael est, d'une certaine manière, privilégiée : Michael a toujours besoin d'un public acquis pour ses numéros extravagants, et Dwight est l'acolyte parfait, le lèche-cul qui n'agit pas par intérêt mais en raison d'un amour inconditionnel. De plus, Dwight a beau être particulièrement sûr de lui, il est aussi totalement naïf et tombe dans tous les panneaux dressés par ses collègues de bureau, en particulier Jim et Pam. On rit tout le temps du dindon de la farce, mais, par la même, on tisse un lien tout particulier avec lui.
Amours de bureau
On ne saurait reprocher à une série de céder aux sirènes des intrigues romantiques. Après tout, quel est le sens de la vie, sinon l'amour? Derrière ce poncif qui aurait pu être prononcé par Michael Scott se cache l'un des grands moteurs de l'intrigue de la série. Les premiers concernés sont Pam et Jim, amoureux transis dans un premier temps (Pam sort alors avec Roy, brute macho), ils sont au centre de l'intrigue sentimentale des quatre premières saisons. Autour d'eux, d'autres couples se font et se défont. Toby nourrit un amour maladif pour Pam, Kelly harcèle Ryan, Andy et Erin se tournent autour. Certaines relations sont particulièrement mémorables : Dwight, Angela et leur amour bureaucratique par exemple, mais surtout Michael et Jan et ce rapport de soumission total. Michael sera d'ailleurs longtemps malheureux en amour, jusqu'à l'arrivée de son double féminin, Holly, personnage lui aussi très riche et à l'origine de nombreux grands moments dans les dernières saisons. Ces intrigues sentimentales sont au cœur de The Office, sans que l'on oublie pour autant qu'il s'agit avant tout d'une série sur le monde des affaires et sur une petite entreprise nationale.
Hasta Siempre Regional Manager
Hasta Siempre Regional Manager
Vous allez me prendre pour un fou : il y a un grand point commun entre The Office et la fabuleuse série Six Feet Under. Dans la série d'HBO, les frères Fisher luttent pour rester indépendants, et résistent à la pression permanente de la multinationale Kroener et de sa vision propre et froide de l'univers des pompes funèbres. C'est l'illustration d'une certaine idée de l'entreprise à l'américaine : traditionnelle, familiale, qui mise tout sur le contact humain et la proximité régionale, à l'opposée des grandes firmes désincarnées qui gèrent tout perchées dans d'immenses bureaux, là-haut, dans leurs tours d'ivoires. Dunder-Mifflin Scranton n'est qu'une branche régionale, mais la maison mère n'a rien d'une ogresse. Une ou deux autres antennes sont mentionnées, et on se rend vite compte, dès le tout premier épisode, avec ses rumeurs de licenciements (finalement confirmées!), que l'entreprise n'est pas particulièrement puissante. Michael, néanmoins, met toujours l'intérêt de ses employés avant son succès personnel, refusant même des promotions pour ne pas quitter ses bureaux. Lorsqu'une des antennes doit fermer, il fait tout pour que ce ne soit pas la sienne, pour ne pas que la petite famille recomposée ne disparaisse pas à tout jamais. Lorsque Dunder-Mifflin est racheté par la multinationale coréenne Sabre, c'est la catastrophe : Le siège fait de l'ingérence, Kathy Bates débarque avec des molosses baveux imposer ses méthodes aseptisées et Michael tente tant bien que mal de s'imposer.
Là où The Office est tout particulièrement touchant, c'est que Michael, Dwight ou Stanley, ces gens bizarres, sont d'excellents commerciaux à l'efficacité inégalable. L'antenne de Scranton, malgré toutes les plaintes pour harcèlements ou propos injurieux, toutes les fêtes organisées à n'importe quelle occasion, a un chiffre d'affaire exceptionnel. Rien ne vaut le "fait maison".
7 ans après ?
Steve Carell a annoncé qu'il quitterait la série durant la septième saison. L'acteur est sûrement conscient du danger d'un tel rôle (mis à part dans Little Miss Sunshine, il y a du Michael Scott dans chacun de ses personnages au cinéma), et il est fort louable de vouloir s'arrêter avant que la série ne baisse en qualité. Certes, il y aura eu, en sept ans, des moments un peu moins forts que d'autres, mais le très grand admirateur que je suis trouvera toujours des excuses. The Office est une série géniale qui parle d'ennui, d'êtres souvent pathétiques et de solitude, mais jamais je n'aurais cru avoir autant envie de vendre du papier.
Scranton, me voilà!






1 hululements:
26 février 2011 09:53
Jenna Fischer *bave*
Maintenant je ne télécharge plus qu'en HD. Jenna Fischer en HD *bave* *bave*
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