Red Dead Redemption
Je débarque après la tempête, faute de sept mois sans console, mais bon, cela n'a plus grande importance à présent. Je peux enfin parler de ce jeu fabuleux sorti en mai dernier. Il va de soi que si vous n'avez pas encore terminé Red Dead Redemption, je vous déconseille très fortement de lire ce qui va suivre. Non, même, je vous l'interdit formellement!
Impitoyable
Un comté américain imaginaire, New Austin, à la frontière du Mexique, à la fin du XIXe siècle. Nous incarnons John Marston, un ancien hors-la-loi qui cherche à se racheter. Ce n'est finalement pas tant qu'il cherche à se racheter, on lui force un petit peu la main : le gouvernement américain a en effet enlevé sa femme, Abigail, et son fils, Jack. Pour les retrouver vivant, il doit suivre les ordres des bureaucrates et assassiner un à un les autres membres de son ancienne bande...
Le scénario, voilà la première grande force du jeu. L'intrigue rappelle certains grands Western tragiques (le cowboy rangé qui veut en finir avec le crime mais qui se retrouve irrémédiablement confronté à son passé, qui ne peut donc échapper à sa condition), comme Impitoyable, de Clint Eastwood, mais sait à merveille puiser dans la gigantesque mythologie du genre. Si Marston est un personnage réaliste, il rencontre au cours de ses pérégrinations des gueules cassées, des escrocs et des sadiques tout droit sortis des Western Spaghetti de Sergio Leone. De plus, en filigrane, on sent bien que Red Dead Redemption décrit aussi la fin d'une époque, et l'entrée dans la modernité. S'il y a encore des bisons et que les premières voitures peinent à convaincre, on sent bien qu'un tournant est sur le point de s'opérer, et que les John Marston de ce monde sont eux-aussi sur le point de s'éteindre.
L'homme des hautes plaines
Ce qui frappe, dès qu'on prend possession de John, c'est ce sentiment de liberté incroyable. Les paysages s'étendent à perte de vue, et l'on sait que l'on peut aller absolument partout. On a qu'à attraper un cheval au lasso, le dompter, et galoper sans s'arrêter. Au cours de notre route, différents protagonistes vont rentrer en contact avec nous. Une femme qui vient de se faire dépouiller de son chariot à provisions. Un homme sur le point d'être pendu. Un vieillard poursuivi par une meute de loups. Ce ne sont que quelques uns des multiples évènements du jeu, et ce qui est vraiment fabuleux, c'est que vous avez le pouvoir de décider si vous allez aider ces gens ou non. Vous pouvez abattre qui vous voulez, menacer des femmes, voler des bonnes sœurs, assassiner sournoisement des shérifs. Seule votre conscience morale vous guide. Car John Marston est avant tout un grand indépendant qui n'a ni Dieu ni maitre, qui offrira ses dons de pistolero à ceux qui prétendent pouvoir l'aider, et qui n'hésitera pas à abattre ceux qui l'ont trahi.
Il était une fois la révolution
Le passage qui illustre mieux cette liberté absolue est très vraisemblablement l'escapade au Mexique. Nous sommes plongés en pleine révolution : l'infâme Colonel Allende, tyran sanguinaire et violeur de vierges à ses heures perdues, est sur le point d'être renversé par Abraham Reyes, un rebelle chevelu attiré par le pouvoir et les faveurs qui en découlent. Dur de prendre parti, car même si la junte militaire commet de nombreux crimes devant nos yeux, la cause rebelle est vouée à l'échec. Ce côté anarchiste et cynique est assez déroutant, surtout lorsque la violence de l'action nous prend au dépourvu. Par exemple, lorsque l'on tente de sauver une femme prise en otage, que l'on tire dans la tête de son ravisseur, et que ce dernier, par réflexe, appuie sur la détente de son pistolet, mettant fin à la vie de la jeune fille. Les désillusions politiques de Red Dead Redemption ne signifient en aucun cas que la violence est aseptisée, et chaque être que l'on rencontre (jusqu'aux ravissants petits lapins qui colechiquent dans les prés) semblent mû d'une vie propre. A tel point que l'on a des scrupules au moment de chasser des wapiti ou des ours. Plusieurs fois, j'ai été pris d'un cas de conscience : que faire lorsque le gouvernement mexicain s'apprête à abattre d'innocents et pacifiques dissidents? Devons-nous intervenir et ainsi devenir des criminels aux yeux du pouvoir en place? Fermer les yeux pour s'attirer les faveurs des militaires?
Dead Man
Red Dead Redemption est aussi un jeu profondément contemplatif. Combien de fois s'arrête-t-on au cours d'une mission pour contempler le soleil couchant, pour admirer la course d'un daim qui passe par là ou le vol des condors au dessus d'un chariot abandonné. On peut aussi perdre son temps dans des tavernes, à jouer au Poker, au Black-jack, au lancer de fer à cheval ou encore au bras de fer. Il nous faut prendre notre temps, savourer le chemin parcouru, car comme dans tout bon film du genre, l'issue sera malheureuse. Un sentiment étrange nous habite lorsque nous nous rendons compte que le jeu ne se termine pas après nos retrouvailles avec notre famille. Nous reprenons notre routine, notre rôle de mari, de père. Le générique de fin n'arrive pas, alors que l'on aimerait plus que tout que cela se termine ainsi. Mais ce n'est évidemment pas le cas. Car John Marston ne sera jamais tranquille, le gouvernement américain le trahira, et comme tant de fois les héros d'un jour seront les indésirables du lendemain. Car ce sont ces justiciers qui rappellent les failles intolérables de ces États claudicants.
Red Dead Redemption est un jeu à part, d'une grande intelligence, un jeu osé et dérangeant, à la réalisation irréprochable, qui prend non seulement place parmi les jeux les plus marquants de cette génération, mais qui apporte aussi sa pierre à l'édifice mythologique du Western érigé par la culture populaire contemporaine.





1 hululements:
27 octobre 2010 00:07
Ça fait un moment que j'ai lu ce post mais je l'avais toujours pas commenté.
Je savais que tu allais accrocher à coup sur de par ton goût prononcé pour les terres américaines, même si ça ne fait pas tout. Pour ma part, je suis très facilement charmé par les jeux qui savent me transporter dans des environnements un peu atypique. Red Dead ayant fait un énorme travail sur l'environnement, j'ai été conquis : j'ai du prendre la diligence 2/3 fois à tout casser. Le reste c'était de la ballade à cheval pour le plaisir de se ballader.
Mais bon, le jeu ne se réduit pas qu'à cela et je suis d'accord avec tous les points que tu as abordé ci-dessus.
La fin de Red dead reste, pour moi, celle la plus couillu (excusez le terme) de tous les jeux vidéos que j'ai pu faire. Dans cet univers, je crois qu'aucun concepteur n'est allé aussi loin dans ce type de fin et dans sa mise en scène.
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